De la Dystonie à l'Asie en Vélo - Témoignage François Maillet

Dystonie à l'épaule droite, depuis que je suis en âge de comprendre la signification des mots, voilà ce que j'ai entendu sur moi, sur ce que j'ai depuis ma naissance. Professeur, médecin, orthophoniste (et j'en oublie) ont jonché mon enfance mais entre nous, je ne me suis jamais penché sur ce qu'était cette gêne pour moi, et ne me parlez pas de handicap.

J'ai grandi et je vis avec ce qui est inhérent à cette dystonie pour moi : Tremblement, geste incontrôlé, problème de réalisation dans les tâches de précision, une voix différente, une écriture ressemblant davantage à des hiéroglyphes, une lenteur dans l'écrit et l'équilibre a été un vrai défi à acquérir.

J'ai grandi, j'ai 33 ans et je ressens un besoin de témoigner pour éventuellement donner de l'espoir, à toi qui connais cela et à vous les familles dont le mot dystonie n'est pas inconnu pour vous. Ma famille, mes parents (en particulier), je leur dois beaucoup. Certes, j'avais une raison pour ne pas arriver à faire certaines choses mais ils m'ont toujours soutenu et ne m'ont jamais encouragé dans la voie de l'excuse pour abandonner. A 5 ans, j'ai commencé à jouer avec une balle et une raquette de tennis, ce n'est que vers 9 ans que j'ai réussi à faire toucher les deux. Et maintenant, je joue régulièrement avec les potes dans des grandes parties.

Ma famille n'a jamais perdu espoir dans mon apprentissage au vélo, et surtout, que j'enlève les petites roues. Elle leur a fallu bien 5 ans afin que j'y arrive et que je trouve cet équilibre, si simple à tant d'enfants. Et voilà que depuis juin, j'ai emmené femme et enfants (enfin vélo et remorque) pour une grande traversée de l'Asie.

Je suis parti de la Géorgie, sur les bords de la mer Noire dans un but d'atteindre Jakarta en Indonésie. Je vous écris du bord du MeKhong, en Thaïlande. Je viens de parcourir 8000 km, à travers plaines, hautes montagnes, plateaux, désert, forêt tropicale me faisant traverser après la Géorgie, l'Azerbaïdjan, le Kasakstan, le Kyrgystan, la Chine et le Laos (et ce n'est pas fini!). Je voyage seul au grand plaisir de toutes les rencontres (et il y en a) au travers cette balade en vélo. Alors que pour moi le bricolage n'a jamais été gagné, genre monter un meuble en kit est pour moi un défi, je me retrouve en plein milieu de nulle part à devoir réparer mon vélo... et j'y arrive (merci les quelques cours d'avant mon départ!).

Difficile de résumer ces 6 mois de voyage, juste quelques anecdotes qui pour moi traduisent la magie d'un voyage à vélo: Cet homme qui me voyant m’apprêter à planter ma toile tente, m'invite chez lui, gîte et couvert compris, on ne parle pas la même langue et pourtant on passera une soirée ensemble (en Azerbaïdjan), cette famille qui m'a hébergé une semaine chez elle en me faisant découvrir leur culture et leur montagne et qui en prime organisera pour moi une journée sur un bateau (au Kyrgystan), un gars qui aura remuer ciel et terre pour trouver la pièce pour réparer mon vélo et qui après fera une révision complète de ma monture qui ne demandera en tarif que 1 euro (pour avoir une pièce) (Chine) ou alors tous les habitants d'un village qui sachant que j'étais hébergé pour la nuit dans une famille ont tous tenu à venir me saluer (Laos).

Des anecdotes, un long voyage et surtout en vélo permettent d'en cumuler au jour le jour et tous cela provoquant mon sourire au quotidien. 8 heures par jour sur un vélo permet de réfléchir sur le chemin parcouru (sans jeu de mots) sur son enfance, sa scolarité, les gens qui m'ont aidé (ou non) et sur son devenir! Des barrières, oui j'en ai eu, même souvent, mais je pense que ce sont elles qui m'ont permis de grimper pour voir ce qu'il y avait derrière. Durant ma scolarité, combien de fois j'ai entendu : « sois réaliste, avec ce que tu as, tu en seras jamais capable ! », ne regardant pas mes capacités, mais juste mon écriture lente et difficile à lire (pour eux). Sûrement ce « pas capable », j'ai toujours désiré prouver le contraire !

Toutes ces barrières m'ont permis d'aller jusqu'en Licence et histoire (sûrement) de leur prouver qu'ils avaient tort sur ma manière de m'exprimer, j'ai choisi la Communication et ensuite le monde l'Animation. Depuis 7 ans, je suis directeur d'un Centre Social, structure qui propose animation et services à tous les habitants de 6 villages de montagne dans les Alpes. La montagne (en particulier le Val d'Arly, un petit coin de paradis sur terre) a été un vrai choix dans ma vie (je suis né du côté de Poitiers) et elle est devenue partie prenante dans ma vie. Alors que équilibre était une notion difficilement imaginable à mes 6 ans, je ne peux concevoir maintenant ma vie sans ski, rando, via ferrata, vtt ou tout autre plaisir que peuvent offrir ces sommets. Alors pour moi, Dystonie n'est pas un handicap (certes) mais une force et surtout je profite de ce témoignage, pour en remercier mes parents qui à chaque choix que la vie me demandait, ils me posaient cette question : « es – tu heureux ? »

Je n'ai jamais fait étalage de cette dystonie ou même l'utiliser comme excuse (ah si une fois mais c'était pour pas perdre de points sur mon permis et ça a marché), ce témoignage, je vous l'envoie tel quel dans une envie de donner de l'espoir et surtout de pas le perdre !

Amicalement votre
François l'Anim'Cyclo
www.animateurssansfrontieres.centres-sociaux.fr
Francois Maillet
Velo


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